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Voici le texte d'une carte blanche EDORA parue dans La Libre le 16 avril 2026.
Invasion de l’Ukraine en 2022, tensions en Iran en 2026 : en quatre ans, l’instabilité géopolitique mondiale est devenue la norme. Dans une économie globalisée, chaque crise déclenche une cascade de conséquences qui rappelle l’interdépendance des États. Et au bout de cette chaîne, ce sont toujours les mêmes qui paient la facture : les entreprises… et les citoyens.
Dans toutes les crises récentes, un facteur revient systématiquement au cœur des préoccupations : l’énergie. Chaque conflit majeur sur la planète se traduit presque immédiatement par une hausse des prix.
La guerre en Ukraine en a été une illustration brutale : les prix du gaz en Europe ont été multipliés par plus de 5 à leur pic en 2022, entraînant une explosion des prix de l’électricité. En Belgique, cela s’est traduit par une facture énergétique qui a parfois doublé pour les ménages et par une perte de compétitivité majeure pour de nombreuses entreprises.
La crise actuelle au Moyen-Orient s’inscrit dans la même logique, avec un point de tension stratégique — le détroit d’Hormuz — par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Autrement dit : une étincelle locale, un incendie global.
Face à cette réalité, une notion s’impose désormais : la souveraineté énergétique.
Produire notre énergie, réduire notre dépendance aux importations et aux marchés internationaux : l’idée fait consensus. Mais entre l’évidence et sa mise en œuvre, un fossé persiste encore.
Comment le combler ?
Pour les grands projets renouvelables, les freins sont connus : opposition locale, instabilité des mécanismes de soutien, saturation des réseaux électriques.
Demain un projet verra peut-être le jour à Houte si Plou et pourra être bloqué par une poignée de riverains, au prix de procédures longues et coûteuses. Pourtant, dans le même temps, l’Europe appelle à accélérer massivement le déploiement des renouvelables et à faire primer l’intérêt général sur des préoccupations individuelles.
Et cet intérêt général n’a jamais été aussi tangible.
Lors du premier « Belgian Wind Day » organisé à Bruxelles le 24 mars dernier pour rappeler l’importance socio-économique de l’éolien en Belgique, le ministre fédéral de l’Énergie, Mathieu Bihet, le rappelait sans ambiguïté :
« L’éolien n’est pas seulement un levier de la transition énergétique. C’est un choix stratégique pour notre sécurité d’approvisionnement, notre compétitivité et notre avenir industriel. »
Tout est dit.
Dès lors, une question s’impose : pourquoi ne pas intégrer pleinement cette dimension stratégique dans l’évaluation des projets ?
Car derrière chaque éolienne ou chaque panneau solaire, il ne s’agit pas seulement de paysage ou d’acceptabilité locale. Il s’agit de protéger notre industrie, de stabiliser les prix de l’énergie et de réduire notre exposition aux crises internationales.
Le secteur est prêt.
Rien qu’en Wallonie, plus de 5 700 MW de projets éoliens sont aujourd’hui dans les cartons soit près du triple de la capacité aujourd’hui installée en Wallonie. Le secteur est également tout à fait prêt à relever le défi de l’installation de 3000 MW supplémentaires de panneaux photovoltaïque en Wallonie dans les prochaines années. Avec le déploiement de moyens de stockage, ces développements renouvelables permettront à la Wallonie de relever les défis de la transition énergétique.
À l’échelle belge, l’éolien et le photovoltaïque ont déjà assuré, selon Elia, 34% de la production d’électricité belge en 2025. Et chaque mégawatt supplémentaire contribue à réduire la dépendance au gaz, dont les prix restent le principal déterminant du coût de l’électricité sur les marchés.
Les effets sont concrets : selon plusieurs analyses sectorielles, une augmentation de la part de renouvelables contribue directement à faire baisser le prix du gaz sur les marchés européens, et donc indirectement celui de l’électricité.
Pendant ce temps, nos voisins accélèrent.
L’Allemagne a annoncé 12 GW supplémentaires d’éolien terrestre d’ici 2030 en réaction directe aux tensions géopolitiques.
Le Royaume-Uni a avancé à juillet 2026 son prochain appel d’offres pour les renouvelables, avec un message limpide : pas de sécurité énergétique sans sortie des fossiles.
Le renouvelable n’est plus un choix uniquement environnemental, c’est devenu une politique de défense économique.
Et dans ce nouveau paradigme, chaque projet bloqué est une opportunité perdue. Chaque année de retard est une dépendance prolongée.
La Belgique a les ressources, les projets, les compétences.
Ce qui lui manque encore, c’est une décision claire : considérer enfin l’énergie produite localement comme un enjeu stratégique majeur, au même titre que la sécurité ou l’économie.
La question n’est donc plus de savoir s’il faut accélérer. La vraie question est beaucoup plus simple : qu’attendons-nous ?
Fawaz Al Bitar, Directeur Général d’EDORA
Michel Helbig de Balzac, Président d’EDORA