Une infrastructure au service des territoires.
Les bioénergies ne se résument pas à produire de l’électricité, de la chaleur ou du gaz renouvelable.
Elles constituent une infrastructure locale qui transforme des ressources inexploitées – résidus forestiers, coproduits agricoles, biodéchets ou sous-produits industriels – en énergie, en fertilisants organiques et en nouvelles opportunités économiques.
À la croisée de l’énergie, de l’agriculture, de la forêt et de l’économie circulaire, elles contribuent simultanément à plusieurs défis de société :
- décarboner la chaleur et certains transports ;
- renforcer la souveraineté énergétique ;
- réduire les déchets organiques ;
- soutenir les revenus agricoles ;
- valoriser durablement les ressources forestières ;
- créer des emplois locaux non délocalisables.
C’est cette capacité à répondre simultanément à plusieurs enjeux qui fait des bioénergies un pilier indispensable de la transition énergétique.
Pourquoi les bioénergies sont différentes ?
Les bioénergies occupent une place singulière dans le paysage des énergies renouvelables. Là où l’éolien, le solaire ou l’hydraulique produisent avant tout de l’énergie, les bioénergies remplissent simultanément plusieurs fonctions essentielles pour notre société. Elles valorisent des ressources locales souvent peu ou pas exploitées – résidus forestiers, coproduits agricoles, biodéchets ou sous-produits de l’industrie agroalimentaire – en les transformant en chaleur, en électricité, en gaz renouvelable ou en carburants. Mais leur contribution va bien au-delà de l’énergie : elles participent à la gestion durable des forêts, offrent de nouveaux débouchés économiques aux agriculteurs, réduisent le recours aux engrais minéraux grâce au digestat, favorisent l’économie circulaire et apportent une solution locale pour le traitement des déchets organiques. Enfin, parce qu’elles sont stockables et pilotables, les bioénergies complètent idéalement les productions éolienne et solaire en fournissant de l’énergie lorsque le système en a besoin. C’est cette capacité unique à créer de la valeur à la fois pour l’énergie, l’agriculture, l’industrie et les territoires qui fait des bioénergies un levier stratégique de la transition énergétique. Cette approche est d’ailleurs au cœur de la vision développée par les acteurs wallons de la filière biométhanisation, qui considèrent celle-ci comme un véritable outil au service de la souveraineté agricole et de l’économie circulaire, bien au-delà de sa seule fonction de production d’énergie.
Les bioénergies ne se distinguent pas par ce qu’elles produisent, mais par tout ce qu’elles rendent possible.
Trois grandes familles
Sous le terme « bioénergies » se cachent plusieurs filières qui utilisent des ressources et des procédés différents. Toutes reposent sur un principe commun : transformer durablement une biomasse locale en énergie tout en maximisant les bénéfices pour les territoires. En Wallonie, ces filières s’organisent principalement autour du bois-énergie, de la biométhanisation et des biocarburants.
Bois-Energie
Le bois-énergie constitue aujourd’hui la principale source d’énergie renouvelable pour la production de chaleur.
En Wallonie, il valorise principalement les coproduits de la filière bois et les ressources forestières peu valorisables pour d’autres usages. Il alimente aussi bien des chaudières individuelles performantes que des réseaux de chaleur ou des installations industrielles.
L’enjeu n’est pas de brûler davantage de bois, mais d’utiliser intelligemment les ressources disponibles selon le principe de la cascade des usages : d’abord les usages à forte valeur ajoutée (construction, mobilier…), puis la valorisation énergétique des résidus.
Biométhanisation
La biométhanisation est probablement la bioénergie qui rend le plus de services à la collectivité.
Elle transforme les effluents d’élevage, résidus agricoles, biodéchets et coproduits agroalimentaires en :
- biométhane injectable dans le réseau,
- électricité,
- chaleur,
- Bio-CNG pour la mobilité,
- digestat pouvant remplacer une partie des engrais minéraux.
Elle contribue simultanément :
- à l’économie circulaire,
- à la souveraineté agricole,
- à la décarbonation de l’industrie,
- à la flexibilité du système énergétique,
- à la réduction des émissions de méthane.
Comme le résume très bien la FEBA, la biométhanisation ne doit plus être considérée uniquement comme une filière énergétique mais comme un outil au service de l’agriculture et des territoires.
Biocarburants
Dans certains secteurs difficilement électrifiables, les carburants renouvelables issus de la biomasse gardent toute leur pertinence.
Le biométhane carburant (Bio-CNG/Bio-GNL) constitue notamment une solution immédiatement disponible pour les poids lourds, certains véhicules utilitaires, les flottes captives ou les engins agricoles.
Filière fortement ancrée localement, liée aux secteurs agricole, forestier et agro-alimentaire.
Biométhanisation
- ≈ 1 TWh de biogaz produit aujourd’hui.
- Potentiel estimé : 5 à 8 TWh, soit plusieurs fois la production actuelle.
- 279 GWh d’électricité renouvelable.
- 177 GWh de chaleur renouvelable.
- 168 GWh de biométhane injecté dans le réseau.
- 2 stations Bio-CNG en service (2024).
Selon Valbiom, le Centre de Référence wallon de la bioéconomie, la Wallonie compte actuellement 63 unités de biométhanisation. Elles se répartissent entre :
- des unités agricoles à la ferme (micro‑unités et unités moyennes) ;
- des unités agricoles centralisées ;
- des unités industrielles ou territoriales dédiées aux déchets (biodéchets, boues de stations d’épuration, anciennes décharges).
Retombées économiques de la biométhanisation
- 500 à 800 millions € investis en Wallonie en vingt ans.
- 70 millions € réinjectés chaque année dans l’économie locale (maintenance et achats).
- Environ 400 emplois directs et 600 emplois indirects (estimation FEBA).
Biomasse
Selon les données rassemblées par la FEBHEL (Fédération Interprofessionnelle Belge du Bois Énergie), le bois-énergie demeure aujourd’hui la première source d’énergie renouvelable en Europe et un levier incontournable pour décarboner la chaleur.
Quelques chiffres illustrent son importance :
- 55,7 % de l’énergie renouvelable consommée en Europe provient de la bioénergie (biomasse solide, biogaz et biocarburants).
- À lui seul, le bois-énergie représente près de 40 % de toutes les énergies renouvelables consommées en Europe, devant l’éolien ou le solaire pris individuellement.
- 74,5 % de la biomasse solide est utilisée pour produire de la chaleur et fournit près de 85 % de la chaleur renouvelable européenne, un enjeu majeur puisque le chauffage représente près de la moitié des besoins énergétiques en Europe.
En Belgique également, le bois-énergie occupe une place centrale :
- la biomasse solide représente près de 57 % du mix renouvelable belge ;
- 88 % de la chaleur renouvelable consommée en Belgique provient de la biomasse, illustrant le rôle essentiel du bois dans la décarbonation du chauffage des bâtiments et des procédés industriels.
En Wallonie enfin, le bois-énergie reste le premier contributeur aux énergies renouvelables :
- il représente près de 60 % des énergies renouvelables consommées ;
- il fournit environ les trois quarts de la chaleur renouvelable produite en Wallonie, confirmant que la transition énergétique ne repose pas uniquement sur l’électricité, mais aussi sur une décarbonation ambitieuse de la chaleur.